Le collectif PEPS-Helvetia appuie les propositions de ses collègues français

par pepshelvetia

Le collectif d’étudiants PEPS-Helvetia partage, pour le cas de la Suisse, l’ensemble des constats dressés par ses collègues français (voir : http://pepseco.wordpress.com/) sur l’état de l’enseignement de l’économie dans le supérieur et appuient les propositions effectuées.

L’isolement de l’économie sur elle-même

1)   Les enseignements qui interrogent tant la scientificité de la théorie économique (épistémologie) que son histoire (histoire de la pensée économique) sont marginalisés pour ne pas dire complètement absents lors des trois premières années à l’université (quasi-aucun cours d’épistémologie, moins d’un cours sur cinquante consacré à l’histoire de la pensée). Par ailleurs, les théories alternatives à l’approche dominante (laquelle se résume au triptyque : Economie Nouvelle classique – Economie Nouvelle keynésienne – Théorie des cycles réels) sont rarement abordées. Dans cette situation, les étudiants n’ont pas accès à l’ensemble des théories économiques, mais qu’à un pan de celles-ci, et ne sont pas invités à entretenir une distance critique à l’égard d’une discipline qui semble elle-même esquiver le débat d’idées ;

2)   L’histoire des faits économiques, de même que le décryptage de l’actualité économique sont bien trop souvent absents des maquettes de Bachelor. Par conséquent, l’enseignement actuel de l’économie donne l’image d’une discipline déconnectée des faits ;

3)   Enfin, les autres sciences sociales (sociologie, histoire, anthropologie) ne sont que très rarement enseignées dans les Bachelors d’économie. Dès lors, les étudiants sont privés non seulement des résultats mais également des méthodes fécondes des autres sciences sociales qui pourtant seraient bénéfiques pour la compréhension des problèmes économiques contemporains.

Contre cet état de fait, et contre le désarroi intellectuel qui gagne bien trop d’étudiants en sciences économiques, nous en appelons à un triple pluralisme :

1)  Théorique : la théorie standard devra à l’avenir entamer un dialogue de fond avec les théories alternatives (post-keynésianisme, économie marxiste, institutionnalisme…). Nous en appelons donc à ce que les différentes théories économiques soient enseignées de manière équitable.

2)  Conceptuel et méthodologique : les matières réflexives telles que l’épistémologie et l’histoire de la pensée économique doivent avoir une place plus conséquente au sein des enseignements permettant une étude critique des différentes théories enseignées.

3)   Disciplinaire : l’économie est une science sociale à part entière. Elle doit être mise en rapport et en confrontation avec les autres sciences humaines et sociales.

Les vertus de l’enseignement par objets

Pour faire droit à ce triple pluralisme, nous en appelons à un enseignement de l’économie qui part d’objets fréquemment étudiés au sein de cette discipline (le travail et l’emploi, la redistribution des richesses, la production et son organisation, la consommation et l’épargne, etc.). Un tel enseignement, à rebours de l’approche actuelle centrée sur les cours de micro et de macroéconomie, nous paraît le plus à même de permettre un réel pluralisme tant théorique que méthodologique. Ce n’est qu’en travaillant sur des problèmes précis que, non seulement des théories économiques concurrentes pourront dialoguer entre elles, mais, qu’en outre, économie, sociologie, histoire et autres sciences sociales pourront conjuguer leurs forces. L’économiste Maurice Allais ne disait-il pas au soir de sa vie que « les sciences sociales ont besoin d’un immense effort de synthèse » (L’Economie politique, n° 43, juillet 2009) ?

L’enseignement pluraliste en action

Voici à quoi pourrait ressembler un enseignement pluraliste de l’économie en action :

Extrait de la maquette PEPS